Ecrire pour se souvenir, écrire pour réfléchir, écrire pour analyser, prendre du recul.  Ecrire pour se libérer. Pour ne rien garder, pour ne rien laisser pourrir à l'intérieur, pour "dégueuler" tout cet amas de nouvelles, toute cette violence, toute cette injustice.

Ecrire des sentiments, des ressentis, des envies, toutes ces choses inavouables qui s'entrechoquent dans ma tête. Ecrire des pensées, de l'amour, une tristesse.

Coucher sur papier tout ce que l'on ne peut pas garder.

Enchaîner les lettres, puis les mots, et enfin les phrases et sentir, au fur et à mesure, virgule après virgule, son coeur s'alléger, son corps se détendre, son cerveau se relâcher. Comme une bouffée d'oxygène. A l'instant "T", trouver le mot, choisir sa phrase, y mettre la syntaxe et sa patte, tout cela prend à la gorge. Elle se contracte, avant de se nouer, pour enfin ne plus rien laisser passer, pas même un soupçon de filet d'air. Attendre que cela passe, sentir le coeur se serrer à son tour, les mâchoires se crisper, les mains trembler, avant que tout ne retombe, comme un véritable soufflet. Cette sensation qu'à l'instant "T", le monde s'arrête. Les tic-tac des horloges ne sont plus, le temps se fige. Juste moi et les mots. Mes maux. Cette force en moi, qui lorsque j'écris me libère, et se libère. Plus rien, plus de barrière, plus de retenue. Les idées se concrétisent, les analyses semblent plus nettes, la prise de conscience plus claire.

Mon mode d'expression. Comme si j'étais ce vrai moi, quand j'écris.

Ecrire que je comprends, que la maladie ait choisi ma maman. Ecrire que je ne comprends pas pourquoi elle a opté pour son corps plutôt que celui d'une autre. Ecrire que finalement, si, j'ai bien compris : toutes ces années à souffrir, à garder pour soi, à ruminer et à ne pas se libérer...et bien voilà le résultat. Voilà tout ce que je ne veux pas, pour moi, pour lui, pour elle. Ecrire que c'est juste dégueulasse et que j'ai envie de hurler. Ecrire ma force pour mieux y croire. Décrire cette force qui prend vit à chaque fois que le mal s'acharne. Cette force indomptable, cette force surpuissante...mais cette toute petite force finalement.

Encore tant de choses à apprendre. Encore tant de choses à vivre et tant de choses à souffrir. J'ai ma famille de coeur, et ma Famille. Je serai là, comme toujours. Ils seront là, pour toujours et encore plus après cet épisode de ma vie.

Il y a lui, puis elle. Eux, mes deux rayons de soleil, mes deux boufées d'oxygène, mes deux boules d'amour. Celui contre qui j'ai envie de me lover et de tout oublier, de me lâcher. Celle avec qui j'ai envie de rire aux éclats et de retrouver ma légèreté, mon insouciance. Surtout ne pas les oublier. Surtout ne pas les polluer. Juste être là pour eux, comme ils le sont pour moi.

Ma famille, celle qui est là, tous les matins et tous les soirs. Celle qui est encore en construction. La préserver, m'y ressourcer, la bichonner.

On m'a souvent dit que ce qui ne tuait pas rendait plus fort. Je confirme. Et pour une fois, pour la première fois. Aucune rage, aucune haine, aucun cri, aucune violence. Juste cette impuissance, celle que je déteste tant. Cette impuissance qui va devoir me permettre d'accepter.

Accepter que dans quelques jours/semaines/mois, deux hypothèses seront susceptibles de s'offrir à moi : une maladie, un combat, une victoire ; ou une maladie, un combat, une défaite. Accepter que dans quelques mois, j'aurais, peut-être, certes avancé dans l'acceptation de l'inacceptable, mais cette impuissance sera, elle, toujours là, omniprésente, lourde, forte et grande. Et que cette foutue maladie, combinée à mon impuissance m'auront, peut-être, enlevé ma maman.