Je n'osais pas, ne voulais pas...

Je n'ai pas eu la force de venir ici ces derniers temps.

Je suis incapable de faire semblant et venir là pour parler de la pluie et du beau temps alors que le coeur n'y était pas, à quoi bon ?!

Et puis il faut que cela sorte. Il faut que je pose mes mots, pour mieux repousser mes maux.

Ces derniers temps, le ciel s'est éclairci par chez nous. Des bons résultats pour ma maman, qui lui donnent l'espoir d'une année plus douce et sereine, même si on connaît le mot de la fin ; une vie de famille merveilleusement seine et sereine. Des petits bonheurs distillés par ci, par là. De ceux qu'on aime prendre le temps de savourer.

Et puis au détour d'une conversation, un mot. Génétique.

La Génétique, avec son grand G. Des résultats annoncés pour dans deux semaines...

Deux semaines. Ma vie, sa vie, ma famille. 15 jours. Tic, tac, bon sang, le temps ne défile pas. Ce salop choisit bien son timing hein !

Je suis plutôt du genre "verre à moitié plein", profitage et savourage. Optimisme mon amour. Mais là je ne peux plus, je n'y arrive plus.

Depuis 11 mois, je me bats. Depuis 11 mois j'affronte, j'encaisse, j'assume. Depuis 11 mois, j'ai appris, digéré, analysé, avancé. Depuis 11 mois, je porte tout ça en moi. Et puis, enfin, tout semblait se calmer un peu.

Et cette nouvelle. Peut être la plus terrible. Génétique. Ma fille. Moi. Mon mari. Une peur viscérale, des larmes indomptables, des pensées bien trop dures pour, ne serait-ce, que les aborder ici.

Et puis un NON.

Non, tu ne passeras ni par moi, et encore moins par elle.

Parce que cette tumeur là, mon vieux, on sait d'où elle vient, et non.

Tout va bien. Nous sommes heureux, en bonne santé. On encaisse les coups depuis 11 mois, sans jamais de K.O technique. On a compris. Compris ce qu'était la Vie, la vraie. La nôtre, celle que l'on vit tous les jours. Celle qui te fait dire chaque matin au réveil "on est bien !". Celle qui te fait savourer un coucher de soleil, un verre entre amis, une partie de guilis...

On va perdre quelqu'un, on le sait. Mais la foudre ne peut pas s'abattre plusieurs fois au même endroit si ?

Alors j'entends les  "Mais il vaut mieux savoir", "mais non vous ne l'aurez pas", "au moins vous serez suivies"............ Mais ce n'est pas ça que j'ai besoin d'entendre ! Oui il vaut mieux savoir, mais moi je préfère apprendre que ma fille et moi, et surtout ma fille, sommes hors de danger ! Que non, nous n'aurons pas besoin tous les X mois de faire des contrôles, la peur au ventre... Et que non, nous n'aurons pas à mener ce combat.

Non, tu entends, non !

Je sais que les cancers ont souvent une origine...psychologique. Je sais bien qu'on en a tous en soi, sans forcément les déclarer ! Mais tout ça en fait, quand ça tombe sur ta pomme, bah tu t'en cognes !

Moi je veux juste continuer à accompagner ma maman, jusqu'à la fin. Je veux juste continuer à m'y préraper. Je veux juste vivre aux côtés de mon mari et ma fille. Voir ma mini grandir et vieillir. Voir ma soeur et ses enfants construirent leur nouveau nid.

Je veux la vie !

Je ne croyais pas en un tout-puissant, si ce n'est la Mère nature, la pachamama... Je crois toujours en elle, mais encore moins en un "lui" potentiel.

La nature, mes essentiels, voilà les trois choses qui me sont vitales depuis ces derniers jours et jusqu'à que je sois fixée.

Je n'ai plus envie de parler, d'écouter, d'entendre. Juste envie d'être avec eux deux, dans notre bulle et de nous réveiller quand tout cela sera terminé.

Je veux venir écrire ici cette belle fin qui nous est réservée.

Parce que toi là, tu ne passeras pas par nous, tu entends !

Ma famille, ma tribu, mes essentiels, je vous aime, et j'ai hâte, d'enfin pouvoir respirer pleinement, cette fois-ci.