ange-triste[1]

On se dit toujours "Et si, et si, et si...". On envisage, tour à tour le meilleur, puis le pire. On s'invente une vie, des vies. On imagine, on espère, on craint, on se rassure. On opte pour un scénario, puis à court d'idées, on passe à un suivant. Il y a ceux qui aiment se faire peur et ceux qui préfèrent rêver de contes de fées. Il y a les téméraires, les aventuriers, les casaniers, les passifs, les attentistes. Il y a nous, eux, le voisin, ou le fils... Et puis il y a la vraie vie.

Celle qui prend fin un beau matin. Celle qui nous a rendu si heureux, et qui, d'un seul coup, nous mine, nous plombe, nous charie, nous tue à petit feu... Celle à qui on dit stop ! Celle pour qui on revient, enclin à tant d'espoir de retrouver ce goût d'avant. Celle qui nous a bercé pendant de nombreuses années, et à qui on a bien du mal à dire au revoir. Celle qui nous a tant donné, qui nous a vu grandir, mûrir, construire. Et celle qui nous oblige, un beau jour, d'un revers de la main, à tout balayer. Cette sensation si amère, que notre vie n'est qu'un chateau de cartes. Qu'elle est si friable, elle que l'on croyait si solide.

Un jour ils se sont rencontrés, ils se sont aimés. Ils ont partagé, voyagé, fait des projets. Ils ont grandit, ils ont choisi, ils ont réussit. Ils sont partis, ils ont construit, ils sont désormais une famille. Oui, mais seulement, voilà... 17 années, à s'aimer, à partager, à vibrer n'auront pas suffit. Il est parti. Depuis bien longtemps. Celui par lequel elle a été séduite. Celui pour lequel elle y a cru. Celui à qui elle a tout donné.

17 ans, une famille, deux beaux enfants, une belle situation, et presque tous leurs rêves accomplis. Il est parti. Lui préférant sa maîtresse de toujours. Celle qui lui donne cette sensation de ne plus avoir ni chaîne, ni entrave. Celle qui lui permet de se sentir si fort, si puissant et si confiant. Celle qui lui fait tout oublier, l'avant, celui qu'il était, son bonheur. Celle qui lui permet de ne plus penser, et de ne pas panser ses blessures. Celle qui l'ennivre, au point de ne plus voir que tout s'écroule, que plus rien ne redeviendra jamais, comme avant.

Elle le pousse à renoncer à sa vie. A ses rêves d'enfant. A ses envies. A ses amours.
Elle brise une famille...dans son cercle restreint et élargit.

Elle me permet de me souvenir, que jamais, jamais rien est acquis. Que chaque nouvelle journée est une bataille. Que l'amour, le vrai, se cultive. Que la vie peut devenir bien noire, en seulement quelques battements de cils.

Aujourd'hui, je pleure, je saigne, je souffre. Aujourd'hui, je me dis quel gâchis.

Aucune haine, aucune rancoeur, aucune rage... La tristesse, dans son plus simple appareil. La profonde tristesse de voir les miens bouleversés et de voir ce frère se laisser sombrer...

L'impuissance m'a toujours été le sentiment le plus difficile à accepter, l'impression d'être un spectateur muet. Les miens sont sauvés, mais lui, sans les siens, que va-t'il devenir ?